Publié le 10/06/2026
À Saint-Nazaire, la coopération internationale fait partie de l'ADN de la collectivité. La Ville et l'Agglomération entretiennent depuis plusieurs années des partenariats variés, qu'il s'agisse de jumelages ou de projets thématiques ponctuels. Ces expériences ont permis de développer une culture de l'ouverture et du dialogue international, tout en restant ancrées dans les priorités locales. Dans ce contexte, la collectivité a progressivement structuré une coopération autour de l'eau, un enjeu central de ses politiques publiques et de la gestion de son territoire. Ce choix s'est matérialisé par un partenariat avec trois communes du sud de Madagascar — Efoetse, Itampolo et Androka — dans le cadre du dispositif du « 1 % eau ».
Ce retour d'expérience retrace le chemin parcouru lors du précédent mandat, depuis la définition du projet jusqu'à son déploiement, en mettant en lumière le rôle des services et des élu·es, l'engagement des partenaires et la dimension humaine et éducative, notamment à travers l'accueil en réciprocité de jeunes Malgaches en service civique. L'objectif : montrer, pas à pas, comment une collectivité peut construire une coopération internationale solide et durable, sans bouleverser son organisation.
Le point de départ de la démarche a été la décision de mobiliser le dispositif du « 1 % eau » au début du précédent mandat. Pour la collectivité, ce choix répondait à une logique de cohérence.
Céline Girard Raffin, adjointe au maire et vice-présidente de Saint-Nazaire Agglomération en charge des relations internationales, explique :
« Le choix de l'eau n'est pas le fruit du hasard. Nous gérons l'eau en régie, c'est une compétence forte de l'agglomération, et notre territoire est façonné par cette ressource, entre la Loire, la Brière et l'océan. Mobiliser le 1 % eau nous a permis de donner un cadre clair à notre engagement international, de rester dans le champ de nos compétences et d'assumer politiquement un projet cohérent avec nos politiques publiques. »
Ce cadre a permis d'inscrire la coopération dans le temps long, en concentrant les efforts sur un partenariat structuré plutôt que sur des actions ponctuelles.


Si la volonté politique était présente, il n'y avait pas au début du précédent mandat de coopération spécifique centrée autour des enjeux de l'accès à l'eau. Nicolas Morvan, membre du Cabinet du Maire-Président, rappelle l'importance de la rencontre avec l'association Trans-Mad'Développement, puis l'accompagnement de Pays de la Loire Coopération Internationale (PDLCI), qui ont contribué à structurer la démarche :
“Nous avions la volonté politique, mais il fallait sécuriser la méthode. L'accompagnement de PDLCI et l'expertise de Trans-Mad', nous a aidés à clarifier les étapes, à identifier les bons partenaires et à inscrire le projet dans une dynamique collective avec d'autres collectivités. Sans cet appui, nous ne serions sans doute pas allés aussi loin, ou du moins, pas avec le même niveau de structuration. Et bien sûr, c’est aussi la mobilisation de partenaires institutionnels et financiers avec notamment le soutien du Ministère de l'Europe et des Affaires étrangères, à travers le dispositif “clé en main”, et de l'Agence de l'eau Loire-Bretagne.”
L'un des enseignements majeurs du parcours nazairien concerne l'implication des services de la collectivité. Comme souvent, des interrogations ont émergé au départ : charge de travail, complexité administrative, articulation avec les priorités locales. Franck Horn, conseiller municipal, insiste sur ce point :
« Si on n'embarque pas les services, la coopération ne peut pas fonctionner. Il ne suffit pas d'une volonté politique. Elle est nécessaire bien sûr, mais il faut aussi que les équipes voient en quoi le projet fait écho à leurs missions et puissent s'y investir concrètement. »
Le déplacement à Madagascar, les échanges réguliers avec les partenaires et la clarté progressive sur les rôles de chacun ont permis de lever ces freins. Céline Girard Raffin ajoute :
« Ce que nous avons constaté, c'est que cette coopération redonne du sens. Le service de l'eau de l'agglomération, par exemple, s'est pleinement saisi du sujet. En travaillant sur un enjeu local comme l'eau, on ouvre aussi une réflexion plus large sur les dérèglements climatiques, les enjeux de gestion partagée, de préservation et de protection de la ressource. Les contextes sont différents, mais ce sont des questions qu'on se pose ici comme là-bas. »

Si la coopération était initialement pensée autour d'actions menées à Madagascar, la dimension territoriale en France s'est rapidement imposée comme un levier essentiel. L'accueil en réciprocité de services civiques malgaches a joué un rôle central dans cette évolution. Céline Girard Raffin souligne :

« Les services civiques ont donné chair au projet. Ce qu'ils apportent est très fort, parce que c'est incarné. Ce n'est pas un reportage, ce n'est pas un dossier : ce sont des visages, des histoires, des échanges. Les jeunes du territoire qui ont pu les rencontrer s'en souviennent. Et nous aussi. »
Avec l'appui de l'association Trans-Mad'Développement, les volontaires malgaches en service civique de réciprocité ont fait vivre concrètement la coopération sur le territoire. À travers des interventions en classe, des animations socio-éducatives et leur participation à différents événements culturels, ils ont partagé leur expérience, leur quotidien et les réalités de l'accès à l'eau dans leurs communes.
En 2023 et 2024, ce programme d'éducation à la citoyenneté et à la solidarité internationale (ECSI) a permis de rencontrer 61 classes dans une trentaine d'établissements de l'estuaire de la Loire, soit plus de 1 000 élèves, de l'école primaire au collège. Mais au-delà des chiffres, ce sont surtout des échanges directs, des questions spontanées et des regards croisés qui ont marqué les rencontres.
Des actions ont également été proposées au grand public, notamment avec des maisons de quartier et lors d'événements municipaux comme Saint-Nazaire Côté Nature, où une exposition photographique consacrée aux enjeux de l'eau dans les trois communes malgaches a permis de prolonger la réflexion.
Cette articulation entre le « là-bas » et le « ici » a renforcé l'adhésion au projet et permis de créer une dynamique éducative et collective sur les enjeux de l'eau et du dérèglement climatique.
L'expérience de Saint-Nazaire et de son Agglomération montre que la coopération internationale n'est pas nécessairement complexe ou hors de portée. Elle repose sur quelques principes simples : partir de ses compétences, s'inscrire dans un cadre clair, avancer progressivement et s'appuyer sur des partenaires. En conclusion, Céline Girard Raffin résume :
« Il ne faut pas se focaliser uniquement sur les contraintes administratives ou budgétaires. Ce qui compte, c'est l'ambition que l'on se donne et la cohérence du projet avec son territoire. À partir de là, les choses peuvent se construire, étape par étape. »
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Charles SIMON – csimon@paysdelaloire-cooperation-internationale.org
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